Une Réorientation Stratégique de l’Algérie au Sahel
En déployant quatre chasseurs Su‑30, un Il‑76 de transport, un Il‑78 ravitailleur et plusieurs hélicoptères au Niger, l’Algérie rompt avec son dogme historique de non-projection de son armée au-delà de ses frontières. Ce changement marque une évolution significative de sa stratégie au Sahel. Quel en est le motif ?
Les Options d’Alger Face à ses Échecs Diplomatiques
Alger, après avoir enregistré plusieurs échecs sur le plan diplomatique, se retrouve à la croisée des chemins. Deux alternatives s’offrent à elle :
- Poursuivre son aide aux combattants indépendantistes touareg pour maintenir son influence sur cette communauté. Cependant, une telle approche aurait signifié une rupture avec la Russie et l’échec de son projet de gazoduc transsaharien.
- S’engager dans la stratégie russe de soutien aux gouvernements militaires du Mali et du Niger, nécessitant l’abandon des forces touareg, considérées comme adversaires.
Le Choix d’Alger : Un Alignement avec le Mali
Finalement, l’Algérie a opté pour la seconde option. Ce choix a été précipité par la victoire russo-malienne à Anéfis, le 10 juillet 2026, qui a conduit à la réouverture des espaces aériens entre l’Algérie et le Mali.
La Pression du Projet Marocain de Désenclavement
Alger se doit d’agir rapidement face au projet marocain de désenclavement du Sahel par l’Atlantique. Lors d’un sommet de la CEDEAO à Freetown, le 19 juillet 2026, un accord a été signé pour la construction d’un gazoduc reliant le Nigeria au Maroc, facilitant l’exportation des ressources des pays côtiers.
«L’Algérie abandonne de fait les Touareg qu’elle soutenait depuis des années, mais qui constituent aujourd’hui un obstacle à ses intérêts gaziers»
Les Dynamiques de la CEDEAO et l’Initiative Atlantique
La CEDEAO a également validé l’Initiative Atlantique, un ambitieux projet marocain visant à désenclaver le Sahel par des infrastructures routières menant au port de Dakhla, qui est en cours d’aménagement.
Les Motivations de l’Algérie au Niger
L’engagement de l’Algérie auprès de la junte du Niger repose sur trois éléments clés :
- La protection de ses intérêts énergétiques, en particulier dans le contexte d’une concurrence accrue.
- Un repositionnement géopolitique dans un Sahel en pleine mutation.
- La rivalité directe avec le Maroc concernant les tracés des gazoducs, l’Algérie soutenant un projet transsaharien et le Maroc un projet atlantique.
Les Enjeux du Gazoduc Transsaharien
Pour l’Algérie, le gazoduc transsaharien représente une priorité stratégique. Actuellement, ses propres capacités de production ne lui permettent pas de fournir à l’UE les volumes nécessaires, surtout après la diminution de l’approvisionnement russe. Si le gazoduc voit le jour, l’Algérie pourrait exporter jusqu’à 30 milliards de m³ supplémentaires, devenant ainsi le principal fournisseur de gaz de l’UE.
Les Risques Associés à l’Abandon des Touareg
En abandonner les Touareg, qui ont été ses alliés pendant des années, l’Algérie prend le risque de perdre le contrôle sur cette communauté. Le pari d’Alger repose sur l’idée que, privés de soutien, les Touareg seront marginalisés. Cependant, le tracé du gazoduc transsaharien devra traverser leur territoire sur plus de 1 000 kilomètres, soulevant des questions sur la viabilité de cette stratégie.