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Pluviométrie : vers un rééquilibrage des systèmes agro-pastoraux

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Optimisme autour des récentes pluies au Maroc : quel impact sur l’agriculture et l’élevage ?

Face aux pluies abondantes qui ont arrosé le Royaume ces dernières semaines, Mohamed Taher Sraïri, spécialiste des systèmes de polyculture-élevage reste optimiste. Il soutient que les céréales, les fourrages cultivés et le couvert végétal spontané des parcours naturels bénéficient directement de ces pluies bien réparties. Dans les zones strictement pluviales comme dans celles disposant d’un appoint d’irrigation, la biomasse disponible progresse nettement par rapport aux années précédentes.

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Cette amélioration, souligne-t-il, se traduit mécaniquement par un fourrage supérieur et redonne toute sa centralité à l’élevage dans un pays dont la tradition agro-pastorale demeure structurante.

La valorisation de l’eau pluviale par le bétail redevient un levier économique majeur. « Au Maroc, gouverner c’est pleuvoir », rappelle-t-il, soulignant que la pluie est un déterminant direct des revenus ruraux et de l’équilibre des exploitations.



Dans les élevages laitiers, les effets de cette embellie pluviométrique se manifestent déjà, soutient l’agronome. De nombreux éleveurs ont commencé à faucher des ressources fourragères dans des parcelles cultivées ou même sur des terres laissées en jachère. Le pâturage direct sur parcours naturels complète l’alimentation lorsque la configuration foncière le permet.

Pour les exploitations, la conséquence est double, selon le professeur Sraïri. Le coût alimentaire diminue, la ration reposant davantage sur des ressources locales peu onéreuses. L’équilibre nutritionnel des vaches s’améliore, réduisant les risques de carences métaboliques et augmentant la qualité et le rendement du lait.

Au-delà de l’effet immédiat des pluies, la question structurante est celle de la productivité de l’eau dans les systèmes à double finalité lait-viande. L’analyse doit embrasser l’ensemble de la chaîne de production pour garantir la résilience des exploitations et la soutenabilité des filières.

Autonomie fourragère et dépendance aux importations

L’amélioration conjoncturelle des ressources locales relance également le débat sur l’autonomie fourragère. La rentabilité des élevages de ruminants dépend largement de la part d’énergie produite sur l’exploitation par rapport aux intrants achetés.

Sous l’effet du changement climatique et de la baisse des précipitations, de nombreuses exploitations ont augmenté leur recours aux aliments concentrés importés, ce qui comporte des risques économiques et sanitaires.

Les crises successives ont fragilisé les grands élevages intensifs, rappelle-t-il.

Le Maroc a perdu son autosuffisance en lait cru et a vu s’accroître sa dépendance en viande rouge. Ces évolutions illustrent les limites d’un modèle trop intensif et trop dépendant des marchés extérieurs.

Les pluies actuelles offrent une opportunité de rééquilibrage vers des systèmes plus autonomes, à condition que des choix stratégiques durables soient faits.

Dans les oasis, l’intégration entre cultures et élevage constitue historiquement une condition de survie, reposant sur une optimisation fine des ressources hydriques et foncières.

Les exploitations oasiennes mobilisent d’importants volumes de travail pour maximiser les interactions entre cultures et bétail. L’association des dattes et du lait symbolise cette complémentarité.

Ces systèmes sont aujourd’hui fortement exposés aux effets du changement climatique, nécessitant un appui renforcé et une reconnaissance de leur rôle dans l’équilibre territorial et l’emploi rural.

Pastoralisme: réhabilitation nécessaire

Les systèmes pastoraux ont reculé au cours des dernières décennies, malgré leur contribution essentielle à l’écosystème. Il est temps de reconsidérer la place de ces systèmes et de renforcer les aides qui leur sont allouées.

Les directives royales visant la reconstitution du cheptel marquent un signal fort en faveur de ces systèmes.

Pour le professeur Sraïri, la gestion durable de l’eau constitue l’axe central pour assurer la durabilité du secteur laitier.

L’amélioration génétique et la main-d’œuvre sont également des défis à relever pour assurer la pérennité du secteur.

Un sursis qui ne doit pas masquer l’urgence structurelle

Le retour ponctuel des précipitations ne doit pas retarder les investissements dans des systèmes plus sobres et plus intégrés. La résilience du secteur dépend de sa capacité à s’adapter aux changements climatiques et à valoriser chaque millimètre d’eau tombé.