vendredi 28 août 2026
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Syrie : Mazloum Abdi nommé conseiller à la présidence après la dissolution des Forces Démocratiques Syriennes

Par Martin Neuville · Publie le 28 août 2026 · 4 min de lecture

Nommer Mazloum Abdi : un tournant pour la Syrie

«Moustafa Khalil Abdi, connu sous le nom de Mazloum Abdi, est nommé conseiller auprès de la présidence de la République», stipule le décret n°164 signé par le chef de l’État. Ce texte ne précise ni les attributions exactes de ce nouveau conseiller ni le périmètre des dossiers qui lui seront confiés.

Cette nomination traduit une dynamique politique significative à la suite de l’accord établi entre Damas et les dirigeants kurdes. Elle permet à Ahmed al-Charaa de mettre en avant l’intégration d’une personnalité qui a longtemps dirigé une force militaire autonome, tandis que Mazloum Abdi fait officiellement la transition du commandement armé vers une fonction au cœur du nouvel appareil d’État syrien.

De la lutte contre l’EI au palais présidentiel

Durant plusieurs années, Mazloum Abdi a été à la tête des Forces Démocratiques Syriennes (FDS), une coalition majoritairement composée de combattants kurdes et soutenue par Washington. Formées en 2015 à la suite de la victoire des forces kurdes contre le groupe État islamique à Kobané, les FDS sont devenues le principal partenaire terrestre des États-Unis dans la lutte contre cette organisation jihadiste en Syrie.

À son apogée, cette coalition comptait environ 100 000 combattants kurdes et arabes, contrôlant de vastes zones du nord et du nord-est syrien, y compris plusieurs champs pétroliers, postes-frontières et infrastructures stratégiques. Les FDS constituaient également la pierre angulaire de l’administration autonome mise en place par les Kurdes au cours de la guerre civile.

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Mardi dernier, depuis le Palais du peuple à Damas, Mazloum Abdi a annoncé «la fin de la mission des Forces Démocratiques Syriennes» et leur dissolution en tant que force militaire indépendante. Il a précisé que cette décision intervenait suite à l’intégration de leurs unités dans les brigades de l’armée syrienne.

Ce processus découle des arrangements conclus en janvier 2026, après de violents affrontements, puis appliqués progressivement au fil des mois. Ces combats ont permis aux forces gouvernementales de reprendre de vastes territoires, tandis que Washington, soutien historique des Kurdes, a renforcé ses liens avec les nouvelles autorités de Damas.

Une victoire pour Damas, des garanties à éprouver

Pour Ahmed al-Charaa, la disparition des FDS en tant qu’organisation autonome constitue une victoire majeure. Cela renforce son projet de réunification du territoire, de l’armée, des postes-frontières, des ressources énergétiques et des administrations sous l’autorité du pouvoir central.

Pour les Kurdes, cet accord signifie la fin de l’autonomie de fait qu’ils avaient établie dans le nord-est. Leur acceptation dépend désormais des garanties politiques, culturelles et linguistiques promises par Damas, ainsi que de leur présence effective au sein des institutions nationales.

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L’envoyé spécial américain pour la Syrie, Tom Barrack, a qualifié cette intégration d’«absolument historique». Selon lui, l’attribution de fonctions importantes à Mazloum Abdi et à d’autres responsables kurdes reflète le respect dû à leur leadership, aux sacrifices consentis dans la lutte contre l’EI et à leur contribution à la stabilité régionale.

Ahmed al-Charaa a également signé un décret reconnaissant les Kurdes comme une composante nationale de la Syrie et le kurde comme langue nationale. Le ministère de l’Éducation a depuis établi les modalités de son enseignement dans les écoles publiques et privées des régions à majorité kurde, marquant une évolution sans précédent depuis l’indépendance du pays en 1946.

Cependant, Mazloum Abdi avait averti, la semaine dernière, que l’achèvement de l’intégration institutionnelle ne mettait pas fin aux revendications politiques. «Notre combat se poursuivra afin d’inscrire les droits de notre peuple dans la Constitution», avait-il déclaré.

Sa nomination ouvre donc une nouvelle phase : Damas a réussi à dissoudre la principale force armée échappant à son contrôle, mais devra maintenant prouver que cette intégration dépasse les simples nominations symboliques. Pour les Kurdes, la question centrale n’est plus celle d’une armée autonome, mais celle des garanties constitutionnelles durables dans une Syrie réunifiée.