La montée en puissance de la Chine
La montée en puissance de la Chine sur les plans militaire, commercial et technologique est indéniable. L’Armée populaire de libération s’affirme comme une force de combat sophistiquée, capable d’interventions bien au-delà de ses frontières. En tant que puissance d’innovation et d’exportation, la Chine a surpassé de nombreux pays occidentaux dans divers secteurs industriels et technologiques, tels que la robotique, les batteries, l’intelligence artificielle industrielle, les drones et les énergies vertes.
Un excédent commercial record
L’excédent commercial de la Chine a atteint un montant record de 1.000 milliards d’euros en 2025. Le pays représente désormais environ 30 % de la production mondiale de biens manufacturés, loin devant les États-Unis, qui n’atteignent que 17 %.
Une domination dans l’innovation
Depuis plusieurs années, la Chine dépose plus de brevets que les États-Unis, tant au niveau national qu’international, et domine la recherche dans 66 des 74 technologies critiques.
Une perception de menace aux États-Unis
Cette trajectoire a suscité aux États-Unis une perception d’une menace chinoise. Depuis le milieu du 20ème siècle, la culture stratégique américaine associe indissociablement sécurité et suprématie, où la prééminence technologique est considérée comme essentielle à la défense nationale.
Un « piège de Thucydide » en perspective
La montée en puissance de la Chine s’est affirmée dans le secteur militaire au cours des années 2000, dans le domaine économique durant les années 2010, et, depuis la fin de cette même décennie, dans le secteur technologique. Ces évolutions placent les États-Unis et la Chine dans un dangereux « piège de Thucydide », un concept qui évoque comment une puissance dominante perçoit une puissance émergente comme une menace, menant souvent à des conflits inévitables.
Les ambitions de Xi Jinping
L’inquiétude américaine s’est intensifiée avec l’arrivée de Xi Jinping, due à l’évolution du discours chinois. En renonçant à « maintenir un profil bas », le leader chinois affiche clairement l’ambition de son pays de devenir un leader mondial en matière d’innovation, d’influence internationale et de puissance maritime.
Une politique d’affirmation
Ces ambitions s’accompagnent d’une politique d’affirmation de la puissance chinoise, perçue comme contraire aux intérêts américains, notamment par un déploiement militaire accru en mer de Chine du Sud et autour de Taïwan, ainsi que par des mesures de coercition économique.
Les pratiques jugées déloyales
Un ensemble de pratiques considérées comme déloyales, violant les normes internationales et les engagements bilatéraux chinois, tels que les règles de l’Organisation mondiale du commerce ou l’engagement de ne pas mener d’opérations de cyberespionnage économique, alimente la crainte d’une menace chinoise. Ainsi, la compétition avec la Chine est devenue une priorité à Washington, tant pour les démocrates que pour les républicains.
La compétition entre grandes puissances
Dès 2015, l’expression « compétition entre grandes puissances » refait surface dans les discours du Pentagone. Les administrations Trump I et II ont fait de la compétition stratégique avec la Chine un enjeu central, notamment dans le domaine des technologies critiques, considérées comme le fondement de la puissance militaire et économique.
« Si le leadership — ou plutôt, dans le vocabulaire trumpien, la domination — technologique reste un objectif prioritaire, la nouvelle administration républicaine a tempéré son approche vis-à-vis de la Chine ces derniers mois. »
— Mustapha Sehimi
Les mesures de Washington
Washington cherche à priver Pékin d’accès à un ensemble de technologies, de données et d’investissements pour ralentir ses progrès dans certains secteurs stratégiques. Pour cela, il impose un contrôle plus strict sur les investissements américains en Chine, les liaisons entre les chercheurs et les universités, ainsi que sur les tentatives d’acquisition d’entreprises technologiques américaines.
Une approche moins antagonique
Malgré la volonté de maintenir une domination technologique, la récente administration républicaine a assoupli certaines mesures envers la Chine. Par exemple, l’application de la loi sur TikTok a été reportée d’un an, et certaines ventes de semi-conducteurs avancés à la Chine ont été réautorisées.
Une stratégie nationale révisée
La Stratégie de sécurité nationale américaine, publiée début décembre 2025, met l’accent sur le déséquilibre commercial et la surproduction chinoise, sans qualifier la Chine de rivale ou de menace. Les efforts américains pour préserver la trêve s’expliquent par le coût croissant de l’escalade, la Chine ayant prouvé sa capacité à riposter.
Des précautions nécessaires
Bien que des précautions soient prises, cela ne signifie pas un revirement complet. De nombreux acteurs au sein de l’exécutif restent préoccupés par les risques que pose la Chine pour la sécurité nationale. L’interdiction des drones et des routeurs chinois, ainsi que les alertes concernant les campagnes de distillation hostile des modèles d’IA américains, illustrent cette vigilance.
Les enjeux à venir
Les mois à venir révèleront les limites du concept de « piège de Thucydide ». Ce cadre d’analyse, qui impose une lecture linéaire de l’escalade entre Washington et Pékin, occulte la réalité complexe des politiques américaines et chinoises, façonnées par des négociations aux priorités divergentes et des compromis difficiles. Ces dynamiques seront déterminantes pour les prochains sommets entre Xi Jinping et Donald Trump.