Les tensions persistantes autour de la tomate marocaine en France
La tomate marocaine continue de susciter des tensions sur le marché français. Depuis plusieurs années, les producteurs français dénoncent la concurrence jugée déloyale des tomates importées du Maroc, notamment des variétés cerises, qui connaissent un fort succès dans l’Hexagone. Mercredi dernier, la Confédération paysanne a mené une opération coup de poing dans une plateforme logistique d’une compagnie franco-marocaine à Perpignan, avant d’être évacuée par les forces de l’ordre, puis a pénétré dans un supermarché pour dénoncer les prix bas des tomates marocaines.
Le constat d’une impasse: «Le comité mixte franco-marocain pour les fruits et légumes, relancé cette année pour trouver des solutions entre filières, n’a jusqu’ici permis aucun accord concret», indique le quotidien L’Economiste dans son édition du 1er décembre. Les importations de tomates fraîches en provenance du Maroc sont régies par des contingents tarifaires, des prix d’entrée minimum et des droits de douane spécifiques. L’accord de libre-échange de 2012 autorise l’exportation de 285 000 tonnes de tomates marocaines exemptées de droits entre le 1er octobre et le 31 mai. Au-delà, les règles du commerce international s’appliquent. L’UE, ainsi que la France, tirent nombre d’avantages de cet accord et toute renégociation serait complexe. La voie privilégiée en France consiste à rechercher une solution bilatérale avec les professionnels marocains.
Les perspectives pour le Maroc: Dans un entretien avec L’Economiste, Saâd Raissi, expert en agriculture et agriculteur, explique qu’«il est important de constater que la voix des agriculteurs français est bien plus audible pour leurs pouvoirs publics que celle de nos propres agriculteurs». Interrogé sur les perspectives pour le Maroc, Raissi estime que «dans ces conditions, il faut réviser nos objectifs de production sans toucher aux quantités. Il faut viser l’objectif “exporter moins et mieux” en termes de valorisation et proposer des produits de très haute qualité pour casser les mécanismes de sauvegarde tout en présentant des avantages concurrentiels». Il ajoute qu’il est essentiel de développer le marché national pour absorber les excédents de qualité et d’investir dans l’agroalimentaire afin d’intégrer plus de produits transformés, plus compétitifs que ceux du Nord.
La recommandation de Raissi: Raissi recommande également de viser de nouveaux marchés dans les pays du Sud, où le savoir-faire agricole marocain peut capter une part importante de la demande. Il insiste enfin sur la nécessité de disposer de plateformes d’exportation propres pour protéger les intérêts des exportateurs marocains face aux contestations des producteurs européens. «Grandir c’est bien, mais l’expansion commande plus de protection contre les actions non conventionnelles des concurrents», conclut-il.
Les demandes en France et les recommandations: Le comité mixte franco-marocain reste en attente de résultats concrets, et les producteurs français continuent de demander une révision du mécanisme du prix d’entrée de l’UE, jugé inadapté aux variétés de tomates à forte valeur ajoutée. Le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux en France recommande, lui, de faire un bilan des flux de tomates en 2026 pour affiner les analyses et déterminer l’impact réel des exportations marocaines. Selon le rapport, «le mécanisme du prix d’entrée ne permet plus de répondre totalement aux objectifs qui étaient le sien lors de la négociation de l’accord», soulignent les auteurs.














































