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Le Mystère du Trésor du Dey d’Alger

Par Martin Neuville · Publie le 21 octobre 2026 · 4 min de lecture

Le Trésor du Dey d’Alger : Histoire et Controverses

Produit de décennies de rapines, de captures de navires et de rançons, le trésor du dey turc d’Alger était soigneusement conservé dans les sous-sols de son palais, dans une casemate dotée de plusieurs caveaux. En 1817, sous le règne du dey turc Ali Kodja, ce trésor fut transféré de la résidence du dey à la citadelle de la Casbah, où il trouva refuge. Après la prise d’Alger en juillet 1830, ce trésor fut soumis à une estimation rigoureuse, inventorié, pesé, mis en caisses et embarqué en direction de la France, sous la surveillance attentive d’officiers d’état-major et de trésoriers. Une polémique a cependant émergé autour de cet événement.

Les Événements Marquants

Voici les points clés à retenir :

  1. Le 5 juillet 1830, le dey Hussein signa la capitulation d’Alger, permettant ainsi à l’armée française de prendre le contrôle de la ville.
  2. Le 6 juillet 1830, une commission composée de l’Intendant général Denniée, du général Tholozé et du payeur général Férino, reçut les clés de la salle du trésor de la part du khasnadj (gardien). Après un inventaire préliminaire, des scellés furent apposés sur la salle. Le général de Bourmont informa le ministre Polignac que le trésor :

«(…) contient au moins 80 millions en espèces d’or et d’argent. Nous avons également à la disposition du roi les valeurs des denrées et marchandises, que je crois pouvoir évaluer à 20 millions».

  1. Le 17 juillet, un inventaire officiel détaillé révéla que le trésor turc s’élevait à 48.684.528 francs en monnaies d’or et d’argent, comprenant 7.212 kg d’or d’une valeur de 24.768.000 francs et 108.704 kg d’argent d’une valeur de 23.915.000 francs. S’ajoutaient à cela des laines et des denrées diverses évaluées à 3.000.000 de francs, ainsi qu’une artillerie en bronze d’une valeur de 4.000.000 de francs, ce qui portait le total à 55.683.000 francs, moins les dépenses de l’expédition, soit 48.500.000 francs, laissant une recette de 7.183.000 francs.

«Ne perdons pas de vue que Londres avait alors tout intérêt à faire circuler de faux bruits visant à discréditer la France en raison de sa totale opposition à la prise d’Alger.»

— Bernard Lugan

Disputes et Divergences

Une différence de 31 millions entre l’estimation initiale du 6 juillet et le décompte précis du 17 juillet a alimenté de nombreuses rumeurs. Le 6 juillet, le payeur général avait fait une estimation caveau par caveau, en se basant sur le volume des métaux entreposés. Pour expliquer cette disparité, l’intendant Denniée a déclaré que lors de la première visite de la commission, «le Trésor fut pesé et non compté» :

«Cette opération a eu lieu par des officiers d’état-major et de la Trésorerie, sous la surveillance de la commission des finances. Ces caisses, ficelées et cachetées, recevaient une série de numéros d’ordre et étaient placées méthodiquement dans des caveaux, d’où elles ne sortaient que pour être transportées au port par des militaires de corvée, commandés par des officiers et sous la conduite du payeur général et des agents de la trésorerie».

Les Évaluations des Consuls

La polémique a pris de l’ampleur suite aux déclarations du consul anglais Saint-John le 9 juillet 1830, qui, sans avoir vu le trésor, l’a estimé à 300 millions. Il est essentiel de rappeler que Londres avait tout intérêt à propager de fausses informations pour discréditer la France vis-à-vis de la prise d’Alger. Le consul des Pays-Bas évaluait le trésor à 230 millions, tandis que le consul de France Pierre Deval, dans un rapport de 1828, le chiffrant à 50 millions de piastres. Comment ces consuls pouvaient-ils connaître la valeur d’un trésor qui n’avait pas été inventorié avant l’intervention de l’armée française en juillet 1830 ?

La Commission d’Enquête

Pour mettre un terme aux rumeurs, le 11 août 1830, le roi Louis-Philippe, fraîchement au pouvoir, a chargé le général Clauzel, successeur du général de Bourmont, d’organiser une commission d’enquête.

Le 22 octobre 1830, après un mois et demi d’investigations, le général Clauzel a conclu officiellement «l’affaire du Trésor d’Alger», affirmant que «rien n’a été détourné du trésor de la Cassauba (casbah), et qu’il a tourné tout entier au profit du trésor de la France», en dédommagement de plusieurs siècles de captures et de vols de ses navires.

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