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Prix RSF : La lutte contre le viol, « moins sexy » que la liberté de la presse ?

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L’association Reporters sans Frontières (RSF) dévoile la liste des nominés 2022 pour son traditionnel « Prix RSF » dans les trois catégories : le courage, l’impact et l’indépendance. Celle-ci a retenu des journalistes et des affaires qu’elle a suivi de près : Lady Ann Sales des Philippines, Betty K. Mbayo du Libéria, Bolot Temirov du Kirghizistan et Omar Radi du Maroc.

L’ensemble des journalistes nominés connaissent des harcèlements judiciaires de la part de leurs gouvernements et pour cause : la publication d’enquêtes sur des sujets sensibles. À l’exception d’un seul d’entre eux, en la personne d’Omar Radi. Pour le journaliste d’investigation marocain, l’affaire est toute autre : une affaire de viol ; une affaire d’agression sexuelle ; une affaire tâchée de patriarcat et de bâillonnement des victimes.

Si le combat de RSF est de défendre les plumes libres, cela ne devrait pas se faire au détriment du combat contre les viols, les violences sexuelles et sexistes. Primer un violeur est une double peine pour une jeune femme dont la réputation a été salie par ces mêmes ONG, défenseuses des droits humains.

Seule contre la meute : une chasse « à la sorcière » orchestrée

Hafsa Boutahar, victime « avérée » d’un viol commis par son confrère Omar Radi, a vu pour longtemps l’ensemble de ses droits en tant que victime bafoués. Face aux élans de solidarité fusant de toute part, la voix de la jeune femme a été utilisée pour servir des machinations et règlements des comptes et des rancunes envers les autorités marocaines.

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Affichant un soutien haut et fort à son agresseur sur les réseaux sociaux, la société civile ainsi que les cercles militants ont pris pour cible la réelle victime dans une affaire déplacée sur un tout autre terrain. Celui de la guerre supposément menée contre la liberté d’expression au Maroc. Cette dernière deviendrait-elle une ligne rouge, laissant passer, les plus abrupts des crimes ? La culture du viol serait-elle si prégnante, si forte, qu’elle remet directement en cause le témoignage et la parole de la victime ?

Cette jeune femme, victime de viol, a vu sa vie basculer du jour au lendemain. Son projet de famille a été brisé. Sa réputation et son nom ont été salis. Sa carrière a été mise en pause.

Cette jeune femme, victime de viol, a vu sa vie brisée un milliard de fois, à chaque rebondissement judiciaire, dans chaque article de presse. Son vécu a été instrumentalisé pour servir les agendas de ceux qui voient en la liberté de la presse, un enjeu plus important que l’intégrité humaine et la lutte contre les violences sexuelles.

Cette jeune femme, victime de viol, a subi des violences physiques et psychologiques qui la suivront à vie. Des empreintes électroniques qui dévoilent l’entièreté de sa vie privée. Un lynchage orchestrée au profit de son bourreau.

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Cette affaire représente, finalement, à elle seule l’hypocrisie régnante des influenceurs d’opinions bien-pensants. La géométrie variable en termes de luttes quand celles-ci touchent les hommes d’un seul cercle ; la « bromance », la fraternité, la solidarité masculine … ; tant d’expressions pour décrire une seule et unique chose : la bâillonnement des femmes victimes de violences sexuelles.

RSF, face à ses contradictions structurelles

Le soutien de RSF pour les journalistes oppressés est une réalité que personne ne peut aujourd’hui nier. Les actions menées par ses différentes antennes dans les quatre coins du globe sont valorisées et pris en compte dans l’amélioration de la situation de la liberté de la presse dans un nombre de pays conséquent. La mobilisation de RSF dans l’affaire « Bolot Temirov » est à elle seule une preuve de son engagement. Toutefois, se mettre du côté des violeurs scindent et éclatent les consciences en ce qui concerne la lutte cruciale pour une société respectueuse des droits des femmes.

La vie de Bolot Temirov ou la réputation de Omar Radi ? Choisir le camp du journaliste intègre et le père de famille ou celui du violeur se cachant derrière une liberté de presse non remise en cause ? Ce sont belles et bien les questions que devrait se poser RSF aujourd’hui avant l’octroi de son prix pour l’année 2022.

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